Comment passe-t-on d’un double bac et d’études en télécommunication puis en médecine à devenir le spécialiste LinkedIn le plus reconnu du Bénin ? C’est ma trajectoire surprenante, assumée et pleinement revendiquée. Dans un épisode du Canapé du CM, l’émission d’Océane Angela DJOMATIN dédiée aux professionnels de la communication digitale, je suis revenu sans filtre sur mes choix de positionnement, mes débuts difficiles, mes erreurs formatrices et ma vision du métier de community manager à l’ère de l’intelligence artificielle. Un témoignage dense, utile et inspirant pour tout professionnel du digital.
Un positionnement LinkedIn né d’une écoute fine de l’écosystème
En 2020, quand j’ai fait mes premiers pas dans la communication digitale, le secteur était déjà bien occupé. Des figures comme Mohamed Idriss, Serge Mahugnon ou Yannick BOKA en Côte d’Ivoire tenaient le haut du pavé. Pour exister dans un écosystème saturé, il me fallait un discours nouveau. Un angle différent.
C’est en observant attentivement les angles déjà pris et les espaces laissés vacants que j’ai identifié LinkedIn — que je qualifie volontiers d' »enfant malade des réseaux sociaux » — comme mon terrain de jeu stratégique. Ma conclusion était simple et lumineuse : personne ne s’y était encore vraiment établi comme expert au Bénin. Ce vide était une opportunité. Je l’ai saisie.
Mais la décision finale ? Elle est revenue à ma compagne, à qui j’ai demandé de choisir au hasard entre Twitter et LinkedIn. Twitter a été éliminé — trop court pour quelqu’un qui aime prendre le temps d’expliquer. LinkedIn a été retenu. Et tout a commencé.
Le positionnement, ce n’est pas que des mots : c’est aussi des actes
Ce que beaucoup ignorent lorsqu’ils parlent de personal branding LinkedIn, c’est que se positionner ne se limite pas à changer son titre de profil. Je l’ai vécu concrètement. Quand mes aînés me soumettaient ou recommandaient pour des missions Facebook ou sur d’autres plateformes, je refusais systématiquement — même quand ces missions venaient de personnes de confiance.
Cette cohérence entre mon discours et mes actes a produit un effet de bouche-à-oreille puissant. Les gens ont commencé à me présenter comme « le gars de LinkedIn » dans leurs cercles. De fil en aiguille, le message s’est propagé, ma crédibilité s’est renforcée, et mon positionnement est devenu une réalité perçue par mon marché. Une leçon fondamentale : un positionnement ne vit que si vous le faites vivre dans chacune de vos décisions professionnelles.
Vivre de LinkedIn community manager au Bénin : la réponse honnête
La question que tout le monde pose en coulisses, j’y réponds sans détour : oui, je vis de mon métier. Pas dans le sens fantasmé des millions affichés sur les réseaux, mais dans le sens concret et réel du terme — payer mes factures, me nourrir, me loger, me déplacer. LinkedIn est aujourd’hui ma seule et unique activité rémunératrice (pour l’instant).
Mes services couvrent principalement l’optimisation de profil LinkedIn, la gestion de compte, l’accompagnement stratégique et la création de contenu pour mes clients. Mes contrats de gestion s’étendent généralement sur 3 à 6 mois. Mon canal d’acquisition ? Pas des posts promotionnels, pas des offres de service affichées en public — mais la création de contenu elle-même, qui démontre mon expertise et envoie un message subliminal à ceux qui m’observent : « Si tu veux faire comme moi sur LinkedIn, tu sais où me trouver. »

L’erreur de débutant qui coûte des clients : ne pas poser ses limites
Je partage aussi une expérience douloureuse de mes débuts. Un client qui est parti au bout d’un mois et demi, convaincu de faire le travail à ma place. La raison ? J’acceptais tous les retours sans les questionner, par manque de confiance en moi. Le client soumettait une correction, je l’intégrais. Une autre, je l’intégrais encore. Jusqu’à ce qu’il perçoive que c’était lui qui dirigeait réellement la mission.
La leçon tirée est précieuse pour tout freelance en communication digitale : l’expert, c’est vous. Votre rôle est de fixer les limites de ce qui est pertinent par rapport aux objectifs fixés, de défendre vos recommandations avec pédagogie, et d’éduquer votre client plutôt que de lui céder systématiquement. La relation client ne fonctionne que si chacun tient son rôle.
Le community manager à l’ère de l’IA : se différencier ou disparaître
C’est sans doute la partie la plus prospective de l’échange. Je pose un constat que beaucoup préfèrent éviter : le rôle classique du community manager est de plus en plus challengé par l’intelligence artificielle. Créer du contenu, générer des visuels, rédiger des légendes — l’IA peut désormais s’en charger. Ce qui signifie que le CM de demain ne peut plus se contenter d’être un exécutant de publications.
Ma recommandation ? Trouver votre valeur ajoutée spécifique. Que ce soit une spécialisation par réseau social (comme je l’ai fait avec LinkedIn), par objectif marketing (acquisition, fidélisation, notoriété) ou par secteur d’activité — ce qui compte, c’est d’être distinctement identifiable dans l’esprit de vos prospects. Dans un marché de plus en plus concurrentiel et automatisable, la différenciation n’est plus une option : c’est une condition de survie professionnelle.
Le « Pasteur LinkedIn » : une marque personnelle construite post après post
Pourquoi ce surnom ? Deux raisons s’entremêlent. D’abord, je publie régulièrement le lundi matin des contenus à coloration spirituelle sur LinkedIn. Ensuite, je me définis comme un « LinkedIn Evangelist » — quelqu’un qui promeut la plateforme, sensibilise les professionnels à ses bénéfices et accompagne les novices dans sa compréhension. J’ai même organisé une tournée « LinkedIn Tour 229 » en 2023 dans plusieurs universités béninoises pour aller à la rencontre des étudiants.
Cette cohérence entre une identité forte, des rituels de contenu réguliers et un engagement terrain illustre parfaitement ce qu’est une marque personnelle bien construite : pas un logo, pas un slogan — une présence reconnaissable, mémorable et constante.

Ce que mon parcours nous apprend sur le métier
Mon itinéraire est une masterclass en miniature sur ce que signifie se spécialiser à contre-courant, tenir bon malgré les doutes, poser des limites claires avec ses clients, et transformer sa présence sur une plateforme en véritable outil de développement business.
Dans un écosystème digital qui évolue à toute vitesse, mon message tient en une phrase : trouvez ce qui vous rend différent — et faites-en votre seul discours.
Et vous, quel est l’angle qui vous rendrait incontournable dans votre domaine ?
Retrouvez l’intégralité de l’échange sur la chaîne YouTube du Canapé du CM — un épisode à regarder si vous hésitez encore à miser sur LinkedIn comme levier de carrière ou de business.
Comme je suis gentil, je suis vous laisse avec l’épisode ici.
